Le Point Juridique

Un arrêt maladie prolongé, le refus de son employeur de poser des congés ou encore la fermeture imposée d’une entreprise confrontent régulièrement les salariés à une réalité juridique souvent méconnue : celle de leurs droits en matière de congés payés.

En droit français, bénéficier de congés payés ne consiste pas uniquement à s’absenter quelques semaines de son poste, mais implique un ensemble de règles précises portant sur l’acquisition, la prise, l’indemnisation et la protection de ces droits.

Ainsi, entre périodes de référence, méthodes de calcul, fermetures imposées et évolutions jurisprudentielles récentes, les réflexes et démarches à adopter paraissent à la fois flous et complexes.

On vous explique.

Qui a droit aux congés payés ?

La loi reconnaît un droit universel au repos conformément aux principes suivants :

  • Tout salarié — qu’il soit en CDI, en CDD ou en intérim — acquiert des congés payés dès le premier jour de travail.
  • Aucune ancienneté minimale n’est requise pour commencer à accumuler des droits.
  • Aucune autorisation préalable n’est nécessaire : il s’agit d’un droit fondamental, inscrit dans le Code du travail.

Plusieurs règles protègent les salariés :

  • Tout salarié en activité et présent dans l’entreprise acquiert 2,5 jours ouvrables de congés par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) par an.
  • Un salarié en arrêt de travail à la suite d’un accident ou une maladie d’origine non professionnelle a le droit à 2 jours de congé par mois d’absence.
  • Depuis une décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne en 2023, lorsqu’un salarié est en arrêt maladie, les congés non pris pour cause de maladie ne sont pas perdus et doivent être reportés jusqu’à 15 mois après le retour du salarié.
  • Le salarié du BTP : il bénéficie d’un système unique en France où c’est la Caisse de Congés Payés du BTP — et non l’employeur — qui gère et verse directement l’indemnité de congés.

 

💡 Jours ouvrables = tous les jours sauf le dimanche et les jours fériés chômés. Attention : le samedi compte !

Comment se compose le droit à congés ?

Le droit à congés payés se compose des éléments suivants :

  • L’acquisition : calculée sur la base de la période de référence, qui s’étend traditionnellement du 1er juin au 31 mai de chaque année — et non sur l’année civile.
  • L’indemnisation : l’employeur doit verser une indemnité de congés payés, calculée selon la méthode la plus favorable entre 1/10e de la rémunération brute annuelle ou le maintien de salaire.

 

Ai-je l’obligation de poser mes congés aux dates imposées par mon employeur ?

En principe, Non. Toutefois, il existe des modalités d’organisation encadrées :

  • La fixation des dates par l’employeur :  la loi prévoit des conditions. L’employeur doit par exemple prévenir le salarié au moins un mois à l’avance, respecter les contraintes familiales et permettre à chacun de prendre au moins 12 jours consécutifs pendant la période de congés, traditionnellement prévue entre le 1er mai et le 31 octobre.
  • La fermeture imposée de l’entreprise : pratique courante dans des secteurs tels que le BTP, l’industrie ou l’agroalimentaire. Elle est légale à condition de respecter une procédure stricte :
    • Dans les entreprises qui disposent de représentants du personnel (CSE), la consultation est obligatoire avant toute décision ;
    • L’information des salariés au moins deux mois avant la fermeture ;

 

💡 Si l’employeur n’a pas respecté les conditions énoncées, le salarié peut refuser les dates imposées.

Quel est le rôle des représentants du personnel ?

Dans les entreprises de plus de 11 salariés, les représentants du personnel jouent en pratique un rôle indispensable, notamment lorsque :

  • L’employeur souhaite imposer des dates de congés collectifs : la consultation du CSE est obligatoire avant toute décision.
  • Un accord de branche ou d’entreprise doit être négocié pour encadrer les modalités de prise de congés.
  • Des conflits sur les dates de départ surgissent entre salariés ou entre un salarié et son employeur.

Ils sont également chargés de veiller au respect des contraintes familiales de chaque salarié, de s’assurer de l’équité dans la répartition des périodes de congés, et de faciliter un accord amiable en cas de désaccord.

Que faire si je n’ai pas assez de congés acquis lors d’une fermeture ?

Si le salarié n’a pas accumulé suffisamment de jours pour couvrir toute la période de fermeture, deux options existent :

  1. L’anticipation : l’employeur peut accorder des congés par anticipation, avant qu’ils soient formellement acquis.
  2. L’allocation spécifique : dans le BTP, la Caisse de Congés Payés peut intervenir directement pour couvrir les droits manquants.

En revanche, même en cas de fermeture imposée, l’employeur ne peut pas :

  • Priver le salarié de son indemnité de congés payés ;
  • Imposer des jours non travaillés sans compensation si le salarié manque de congés acquis ;
  • Modifier les dates moins d’un mois avant le départ prévu, sauf circonstances exceptionnelles.

Qu’est-ce que le fractionnement des congés payés ?

En droit Français, on distingue :

  • Le congé principal : au maximum 24 jours ouvrables (4 semaines).
  • Les jours au-delà du congé principal (5e semaine, jours supplémentaires conventionnels, etc.).

En principe, l’employeur doit accorder un bloc de congé continu d’au moins 12 jours ouvrables (soit 2 semaines complètes encadrées par les repos hebdomadaires), pris entre le 1er mai et le 31 octobre (art. L. 3141-19 et L. 3141-23 du Code du travail).

Lorsque le congé n’est pas pris en une seule période mais en plusieurs blocs, on parle de fractionnement.

Si le salarié ne pose pas l’intégralité de son congé « principal » dans la période de congés, il a le droit à des congés supplémentaires.

💡 Attention, la convention collective ou un accord d’entreprise peut aménager cette règle. Elle n’est donc pas automatique !

Que faire en cas de litiges sur les congés payés ?

Les conflits les plus fréquents portent sur :

  • Le refus de poser des congés à certaines dates (raisons familiales non prises en compte, délai de prévenance non respecté) ;
  • Le calcul de l’indemnité (méthode défavorable appliquée, primes non intégrées) ;
  • La perte de congés lors d’un arrêt maladie (droits non reportés, information insuffisante) ;
  • L’imposition de fermeture sans respect des procédures légales (absence de consultation du CSE, délai insuffisant).

Avant toute démarche, il est nécessaire de regrouper les pièces utiles, telles que :

  • Les bulletins de salaire et le contrat de travail ;
  • Le planning de congés et les échanges écrits avec l’employeur ;
  • La convention collective applicable et tout accord d’entreprise existant ;
  • Les attestations des représentants du personnel le cas échéant.

💡 Conseil pratique : il est recommandé de privilégier l’écrit (mails/courriers) et d’éviter les accords oraux.

En cas de désaccord persistant, plusieurs voies s’offrent au salarié :

  • La consultation des représentants du personnel :
  • La médiation : efficace pour débloquer un conflit sur les dates ou le calcul des droits ;
  • Le recours à un avocat spécialisé en droit du travail, notamment si des sommes importantes sont en jeu ou si des manœuvres frauduleuses sont suspectées.

 

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